Ecrivains et Editeurs Corses au 27ème Salon du Livre
Pour la 3ème année, la Collectivité Territoriale de Corse (CTC) met en valeur les écrivains et éditeurs insulaires, au 27ème Salon du Livre, Porte
de Versailles à Paris. Cette année, la CTC a tenu à valoriser les petits éditeurs, qui le reconnaissent volontiers, sans son aide, ne pourraient présenter leur travail au grand public.
Ma première interview alla donc vers un de ces petits éditeurs : les Editions Acquansù. Véronique répond à quelques questions :
Véronique : « Les éditions Acquansù existent depuis un peu plus de 2 ans. C’est notre 2ème participation au Salon du Livre.
Nous éditons des textes classiques introuvables ou difficilement trouvables d’écrivains confirmés, certains même sont morts depuis longtemps, ou éparpillés comme le recueil de nouvelles d’Alphonse DAUDET : Marianto, le bandit Quastanne.
Nous avons également des textes de la bibliothèque classique sur la Corse, tel Voltaire qui a écrit une pièce sur le règne de Louis XV avec une partie sur la Corse. Autres personnages, BOSWELL avec Carnet de voyages de Pasquale Paoli, Pauline de Bradi, épouse d’un Corse sous l’empire qui a écrit des nouvelles. »
Sylvianne : Pouvons-nous dire que vous êtes spécialisé dans l’histoire ou sur un regard de l’histoire ?
Véronique : « Nous ne sommes pas des chercheurs, on essaye de trouver des ouvrages, qui, aujourd’hui, peuvent intéresser le public le plus large possible, sur ce qui tourne autour de la Corse, pas seulement des ouvrages d’auteurs corses mais aussi de non corses qui ont écrit sur la Corse, anciens ou modernes. »
Je poursuis mes interviews par celle de l’écrivain, très connu, Marie-Jean VINCIGUERRA. Il me parle tout simplement de Hoderlin, poète allemand, qu’il vient de traduire en Français. Voici en quelques mots son histoire : Poète allemand qui en 1789, écrivit un texte inédit où il évoque Pasquale Paoli dans un récit d’un jeune allemand qui a perdu toutes ses illusions et qui met son épée au service de la Corse.
Sylvianne : Ce poème sera-t-il traduit en langue Corse ?
Marie-Jean Vinciguerra : « C’est une très bonne idée. J’y ai pensé mais, personnellement, (j’ai été le Président du jury du capes de Corse que j’ai créé) mais je ne suis pas un poète de langue française. J’espère qu’il y aura un très bon poète Corse, de langue corse, qui le traduira. Cela serait très intéressant de voir si la traduction en Corse aura plus de résonnance, de rythme que celle en Français.»
Changement de genre avec Jean-Pierre ORSI, auteur de polars corses ; Jean-Pierre Orsi est très heureux d’être là pour faire connaître cette littérature corse, particulièrement celle du polar peu mise en valeur chez les libraires où règne la suprématie des polars anglo-saxons. Il souhaite ainsi que ses confrères une reconnaissance des auteurs de polars méditerranéens. En Corse et ailleurs, il y a des écrivains remarquables peu connus. Ce qui les a amené à organiser le Festival du Polar Corse et Méditerranéen, les 6 et 7 juillet 2007, à Ajaccio, place Foch. 40 écrivains, du Languedoc-Roussillon, de Provence-Côte d’Azur, de Corse, de Sicile, de Sardaigne et de Toscane seront présents.
La Corse compte une vingtaine d’auteurs de polars réunis sous l’Association Corsica Polar. Pour Jean-Pierre Orsi, « Le polar corse n’est pas seulement une énigme policière à résoudre, c’est une façon de parler de nos problèmes sérieux mais sans se prendre au sérieux, en pratiquant l’autodérision car en Corse comme dans les pays méditerranéens, on est très susceptible et on préfère pratiquer l’autodérision plutôt que les critiques des autres ».
Autre écrivain classé par les éditions Albiana dans les romans noirs ou thrillers, Alexandre Dominati, originaire de l’Alta Rocca, préfère dire qu’il a plus le sentiment de travailler sur les sentiments. Ses deux romans publiés aux éditions Albiana, se passent dans l’Alta Rocca mais ne sont pas autobiographiques.
Je poursuis mon après-midi d’interviews avec Alain Piazzola, éditeur
corse.
Sylvianne : M. Piazzola, bonjour. Depuis combien d’années participez-vous au Salon du Livre ?
Alain Piazzola : « Cela fait environ une douzaine d’années que nous sommes au Salon du livre. Nous avons démarré avec de petits moyens, à la périphérie du Salon, sur une petite surface. Finalement, la CTC qui nous épaulait, a pris le relais pour s’occuper personnellement de cette opération, qui est lourde pour une association comme la nôtre, constituée de bénévoles. La préparation du salon nécessite de consacrer beaucoup de temps, pour prendre les décisions suffisamment tôt pour les crédits, les aménagements du stand. Maintenant que la CTC a pris le relai, nous sommes sur un espace bien situé, de 80 m2, bien aménagé. Nous avons un fichier client qui nous permet d’informer les personnes qui s’intéressent à la Corse, de notre venue. Je crois que c’est une formule qui se développe, qu’il ne faut pas laisser ronronner mais qui prend de l’ampleur. »
Sylvianne : Parmi les auteurs que vous publiés, sont-ils confirmés ou de jeunes auteurs ?
Alain Piazzola : « Chaque maison d’édition a sa politique qui consiste à découvrir de jeunes auteurs peu connus qui travaillent sur ces domaines spécialisés puisque l’édition régionale consiste à interroger une culture dans toutes ses ramifications, qui va, sur des éléments forts comme l’histoire de la Corse qui peut intéresser sur le plan national à fouiller des petits détails qui intéressent moins mais cela fait travailler sur de petits tirages qui suscitent parfois un très fort intérêt. L’édition régionale a réussi à mobiliser des auteurs qui auraient pu être publiés au plan national à émettre le désir de publier avec nous. C’est un choix, la palette d’éditeurs présente, s’est spécialisée, équipée, professionnalisée et elle donne confiance à ces personnes surtout que maintenant plusieurs d’entre nous ont une distribution nationale ». Sylvianne : Vendrez-vous sur Internet ?
Alain Piazzola : « Moi, personnellement, pas trop. J’ai plusieurs de mes confrères qui ont créé des sites Internet et qui réalisent une partie de leurs ventes de cette manière. C’est un domaine qu’il faut développer pour l’avenir ».
Et voici pour clôturer cette série d’interviews, celle de la personnalité incontournable du Salon du Livre, Jean-Guy Talamoni, avocat, écrivain, président de Corsica Nazione Indipendente.
Sylvianne : Jean-Guy, bonjour. Est-ce important pour vous d’être présent au Salon du Livre ? Pouvez-vous ainsi faire passer un message ?
Jean-Guy Talamoni : « Nous avons besoin effectivement de faire passer notre message à l’extérieur de la Corse et, effectivement d’écrire un livre et de le présenter ici, c’est un moyen de faire passer notre message. Ce qui est important pour nous, c’est de toucher l’opinion française et internationale. L’opinion française : c’est nécessaire d’avoir un contact avec elle parce qu’elle est, aujourd’hui, informée de manière extrêmement déformée par les organes de presse parisiens qui racontent sur notre compte beaucoup de choses et, on s’aperçoit, lorsqu’on vient à Paris ou ailleurs en France, qu’en ayant des contacts avec les gens à travers les livres, à travers aussi des relations personnelles comme lors des signatures, des malentendus peuvent être levés et le message de la Corse, des Nationaux Corses, en particuliers, passait de façon beaucoup plus intéressante. »
Sylvianne : Sur un tout autre plan, la FAC a demandé un lieu pour Pasquale Paoli à Paris. Ce lieu nous a été refusé par la Mairie de Paris. Je voulais savoir ce qu’en pensaient les Nationalistes Corses ? Qu’elle était leur réaction face à ce refus de la Mairie de Paris ?
Jean-Guy Talamoni : « Ce refus était à notre avis tout à fait prévisible, dans la mesure, où il y aujourd’hui, un fort racisme anti-corse au sein de l’élite parisienne, notamment au Conseil de Paris. Ce racisme anti-corse s’est manifesté au travers de déclarations qui nous ont été rapportées, qui sont tout à fait scandaleuses mais qui ne nous étonnent nullement. En fait, peut être que Pasquale Paoli n’a rien à faire à Paris, tout simplement. Peut-être que cela n’était pas une bonne idée, je ne sais pas.
Nous, nous pensons qu’en Corse, il y a aujourd’hui une confrontation idéologique au sujet de la figure de Paoli. Il y a une attitude révisionniste de la part de certains pseudo-historiens qui voudraient faire de Paoli, un responsable politique pro-français contre toute l’évidence.
Nous nous disons que Pasquale Paoli appartient à tous les Corses, bien sûr, mais que Pasquale Paoli, là où il a été la figure importante pour l’Europe, c’est du temps de l’indépendance de la Corse, quand il a été Chef d’Etat. D’ailleurs, un historien corse faisait remarquer récemment que 95 % des portraits qui ont été faits de lui en Europe, datés de l’époque de l’indépendance de la Corse et non pas à l’époque du territoire départemental. Nous pensons, pour notre part, que cette confrontation idéologique se poursuive en Corse. Il faut que les historiens parlent et les vrais historiens, pas seulement les révisionnistes que l’on entend beaucoup actuellement. Actuellement un travail considérable est réalisé par Antoine Marie Grazziani, travail objectif, je crois et, d’autres également qui travaillent sur la question.
Nous pensons que c’est très important, que cette année, qui est celle de Pasquale Paoli, voit les différentes thèses mises dans l’opinion même si cela prend parfois un tour polémique, peut être que la vérité finira par se manifester. »
Sylvianne : Sur un tout autre sujet, celui de la langue Corse. Dans un rapport réalisé sur la langue Corse présenté à la CTC, il est dit qu’à peu près dans une dizaine d’années, la Corse serait entièrement bilingue, y compris dans les écrits et au niveau des médias. Quel est le sentiment de quelqu’un qui défend la langue, par ses écrits (dictionnaires, livres) ? Est-ce quelque chose de réalisable ou est-ce encore un peu utopique ?
Jean-Guy Talamoni : « Nous nous pensons que rien ne sera possible sans un statut pour la langue, statut d’officialité. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à le dire aujourd’hui puisque le Comité Scientifique de la langue et de la culture corses qui a travaillé, à la demande de l’Assemblée de Corse, présidé par Ghjacumo Thiers et Pascal Ottavi, le rapporteur, ce conseil a dit clairement que l’officialisation de la langue était une nécessité pour que le Corse puisse survivre et puisse se développer, c’est-à-dire que l’on inverse la tendance qui, encore aujourd’hui, est à la disparition du Corse. Pour inverser la tendance, il faut ce statut d’officialisation. A défaut de ce statut, nous nous pensons qu’un certain nombre de choses intéressantes peuvent être faites. Elles sont faites par les militants de la langue, par un certain nombre d’acteurs culturels et d’enseignants mais cela ne peut suffire à inverser la tendance et, alors, effectivement si on ne l’inverse pas, cela voudra dire que c’est la chute du Corse, que ce déclin sera inéluctable. Cela ne nous convient pas ; donc nous allons dans les temps à venir nous mobiliser pour que les élus de l’Assemblée de Corse tiennent compte du rapport du Comité Scientifique de la langue et culture Corses, qu’ils ont commandé, pour en tirer toutes les conséquences et demander à Paris l’officialisation de la langue Corse. »
Pour conclure, l’ensemble des interviewés ont accepté l’invitation pour participer aux Journées du Livre Corse, organisées les 16, 17 et 18 novembre 2007 à Paris, sous l’égide de la FAC.
Ma première interview alla donc vers un de ces petits éditeurs : les Editions Acquansù. Véronique répond à quelques questions :
Véronique : « Les éditions Acquansù existent depuis un peu plus de 2 ans. C’est notre 2ème participation au Salon du Livre.
Nous éditons des textes classiques introuvables ou difficilement trouvables d’écrivains confirmés, certains même sont morts depuis longtemps, ou éparpillés comme le recueil de nouvelles d’Alphonse DAUDET : Marianto, le bandit Quastanne.
Nous avons également des textes de la bibliothèque classique sur la Corse, tel Voltaire qui a écrit une pièce sur le règne de Louis XV avec une partie sur la Corse. Autres personnages, BOSWELL avec Carnet de voyages de Pasquale Paoli, Pauline de Bradi, épouse d’un Corse sous l’empire qui a écrit des nouvelles. »
Sylvianne : Pouvons-nous dire que vous êtes spécialisé dans l’histoire ou sur un regard de l’histoire ?
Véronique : « Nous ne sommes pas des chercheurs, on essaye de trouver des ouvrages, qui, aujourd’hui, peuvent intéresser le public le plus large possible, sur ce qui tourne autour de la Corse, pas seulement des ouvrages d’auteurs corses mais aussi de non corses qui ont écrit sur la Corse, anciens ou modernes. »
Je poursuis mes interviews par celle de l’écrivain, très connu, Marie-Jean VINCIGUERRA. Il me parle tout simplement de Hoderlin, poète allemand, qu’il vient de traduire en Français. Voici en quelques mots son histoire : Poète allemand qui en 1789, écrivit un texte inédit où il évoque Pasquale Paoli dans un récit d’un jeune allemand qui a perdu toutes ses illusions et qui met son épée au service de la Corse.
Sylvianne : Ce poème sera-t-il traduit en langue Corse ?
Marie-Jean Vinciguerra : « C’est une très bonne idée. J’y ai pensé mais, personnellement, (j’ai été le Président du jury du capes de Corse que j’ai créé) mais je ne suis pas un poète de langue française. J’espère qu’il y aura un très bon poète Corse, de langue corse, qui le traduira. Cela serait très intéressant de voir si la traduction en Corse aura plus de résonnance, de rythme que celle en Français.»
Changement de genre avec Jean-Pierre ORSI, auteur de polars corses ; Jean-Pierre Orsi est très heureux d’être là pour faire connaître cette littérature corse, particulièrement celle du polar peu mise en valeur chez les libraires où règne la suprématie des polars anglo-saxons. Il souhaite ainsi que ses confrères une reconnaissance des auteurs de polars méditerranéens. En Corse et ailleurs, il y a des écrivains remarquables peu connus. Ce qui les a amené à organiser le Festival du Polar Corse et Méditerranéen, les 6 et 7 juillet 2007, à Ajaccio, place Foch. 40 écrivains, du Languedoc-Roussillon, de Provence-Côte d’Azur, de Corse, de Sicile, de Sardaigne et de Toscane seront présents.
La Corse compte une vingtaine d’auteurs de polars réunis sous l’Association Corsica Polar. Pour Jean-Pierre Orsi, « Le polar corse n’est pas seulement une énigme policière à résoudre, c’est une façon de parler de nos problèmes sérieux mais sans se prendre au sérieux, en pratiquant l’autodérision car en Corse comme dans les pays méditerranéens, on est très susceptible et on préfère pratiquer l’autodérision plutôt que les critiques des autres ».
Autre écrivain classé par les éditions Albiana dans les romans noirs ou thrillers, Alexandre Dominati, originaire de l’Alta Rocca, préfère dire qu’il a plus le sentiment de travailler sur les sentiments. Ses deux romans publiés aux éditions Albiana, se passent dans l’Alta Rocca mais ne sont pas autobiographiques.
Sylvianne : M. Piazzola, bonjour. Depuis combien d’années participez-vous au Salon du Livre ?
Alain Piazzola : « Cela fait environ une douzaine d’années que nous sommes au Salon du livre. Nous avons démarré avec de petits moyens, à la périphérie du Salon, sur une petite surface. Finalement, la CTC qui nous épaulait, a pris le relais pour s’occuper personnellement de cette opération, qui est lourde pour une association comme la nôtre, constituée de bénévoles. La préparation du salon nécessite de consacrer beaucoup de temps, pour prendre les décisions suffisamment tôt pour les crédits, les aménagements du stand. Maintenant que la CTC a pris le relai, nous sommes sur un espace bien situé, de 80 m2, bien aménagé. Nous avons un fichier client qui nous permet d’informer les personnes qui s’intéressent à la Corse, de notre venue. Je crois que c’est une formule qui se développe, qu’il ne faut pas laisser ronronner mais qui prend de l’ampleur. »
Sylvianne : Parmi les auteurs que vous publiés, sont-ils confirmés ou de jeunes auteurs ?
Alain Piazzola : « Chaque maison d’édition a sa politique qui consiste à découvrir de jeunes auteurs peu connus qui travaillent sur ces domaines spécialisés puisque l’édition régionale consiste à interroger une culture dans toutes ses ramifications, qui va, sur des éléments forts comme l’histoire de la Corse qui peut intéresser sur le plan national à fouiller des petits détails qui intéressent moins mais cela fait travailler sur de petits tirages qui suscitent parfois un très fort intérêt. L’édition régionale a réussi à mobiliser des auteurs qui auraient pu être publiés au plan national à émettre le désir de publier avec nous. C’est un choix, la palette d’éditeurs présente, s’est spécialisée, équipée, professionnalisée et elle donne confiance à ces personnes surtout que maintenant plusieurs d’entre nous ont une distribution nationale ». Sylvianne : Vendrez-vous sur Internet ?
Alain Piazzola : « Moi, personnellement, pas trop. J’ai plusieurs de mes confrères qui ont créé des sites Internet et qui réalisent une partie de leurs ventes de cette manière. C’est un domaine qu’il faut développer pour l’avenir ».
Et voici pour clôturer cette série d’interviews, celle de la personnalité incontournable du Salon du Livre, Jean-Guy Talamoni, avocat, écrivain, président de Corsica Nazione Indipendente.
Sylvianne : Jean-Guy, bonjour. Est-ce important pour vous d’être présent au Salon du Livre ? Pouvez-vous ainsi faire passer un message ?
Jean-Guy Talamoni : « Nous avons besoin effectivement de faire passer notre message à l’extérieur de la Corse et, effectivement d’écrire un livre et de le présenter ici, c’est un moyen de faire passer notre message. Ce qui est important pour nous, c’est de toucher l’opinion française et internationale. L’opinion française : c’est nécessaire d’avoir un contact avec elle parce qu’elle est, aujourd’hui, informée de manière extrêmement déformée par les organes de presse parisiens qui racontent sur notre compte beaucoup de choses et, on s’aperçoit, lorsqu’on vient à Paris ou ailleurs en France, qu’en ayant des contacts avec les gens à travers les livres, à travers aussi des relations personnelles comme lors des signatures, des malentendus peuvent être levés et le message de la Corse, des Nationaux Corses, en particuliers, passait de façon beaucoup plus intéressante. »
Sylvianne : Sur un tout autre plan, la FAC a demandé un lieu pour Pasquale Paoli à Paris. Ce lieu nous a été refusé par la Mairie de Paris. Je voulais savoir ce qu’en pensaient les Nationalistes Corses ? Qu’elle était leur réaction face à ce refus de la Mairie de Paris ?
Jean-Guy Talamoni : « Ce refus était à notre avis tout à fait prévisible, dans la mesure, où il y aujourd’hui, un fort racisme anti-corse au sein de l’élite parisienne, notamment au Conseil de Paris. Ce racisme anti-corse s’est manifesté au travers de déclarations qui nous ont été rapportées, qui sont tout à fait scandaleuses mais qui ne nous étonnent nullement. En fait, peut être que Pasquale Paoli n’a rien à faire à Paris, tout simplement. Peut-être que cela n’était pas une bonne idée, je ne sais pas.
Nous, nous pensons qu’en Corse, il y a aujourd’hui une confrontation idéologique au sujet de la figure de Paoli. Il y a une attitude révisionniste de la part de certains pseudo-historiens qui voudraient faire de Paoli, un responsable politique pro-français contre toute l’évidence.
Nous nous disons que Pasquale Paoli appartient à tous les Corses, bien sûr, mais que Pasquale Paoli, là où il a été la figure importante pour l’Europe, c’est du temps de l’indépendance de la Corse, quand il a été Chef d’Etat. D’ailleurs, un historien corse faisait remarquer récemment que 95 % des portraits qui ont été faits de lui en Europe, datés de l’époque de l’indépendance de la Corse et non pas à l’époque du territoire départemental. Nous pensons, pour notre part, que cette confrontation idéologique se poursuive en Corse. Il faut que les historiens parlent et les vrais historiens, pas seulement les révisionnistes que l’on entend beaucoup actuellement. Actuellement un travail considérable est réalisé par Antoine Marie Grazziani, travail objectif, je crois et, d’autres également qui travaillent sur la question.
Nous pensons que c’est très important, que cette année, qui est celle de Pasquale Paoli, voit les différentes thèses mises dans l’opinion même si cela prend parfois un tour polémique, peut être que la vérité finira par se manifester. »
Sylvianne : Sur un tout autre sujet, celui de la langue Corse. Dans un rapport réalisé sur la langue Corse présenté à la CTC, il est dit qu’à peu près dans une dizaine d’années, la Corse serait entièrement bilingue, y compris dans les écrits et au niveau des médias. Quel est le sentiment de quelqu’un qui défend la langue, par ses écrits (dictionnaires, livres) ? Est-ce quelque chose de réalisable ou est-ce encore un peu utopique ?
Jean-Guy Talamoni : « Nous nous pensons que rien ne sera possible sans un statut pour la langue, statut d’officialité. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à le dire aujourd’hui puisque le Comité Scientifique de la langue et de la culture corses qui a travaillé, à la demande de l’Assemblée de Corse, présidé par Ghjacumo Thiers et Pascal Ottavi, le rapporteur, ce conseil a dit clairement que l’officialisation de la langue était une nécessité pour que le Corse puisse survivre et puisse se développer, c’est-à-dire que l’on inverse la tendance qui, encore aujourd’hui, est à la disparition du Corse. Pour inverser la tendance, il faut ce statut d’officialisation. A défaut de ce statut, nous nous pensons qu’un certain nombre de choses intéressantes peuvent être faites. Elles sont faites par les militants de la langue, par un certain nombre d’acteurs culturels et d’enseignants mais cela ne peut suffire à inverser la tendance et, alors, effectivement si on ne l’inverse pas, cela voudra dire que c’est la chute du Corse, que ce déclin sera inéluctable. Cela ne nous convient pas ; donc nous allons dans les temps à venir nous mobiliser pour que les élus de l’Assemblée de Corse tiennent compte du rapport du Comité Scientifique de la langue et culture Corses, qu’ils ont commandé, pour en tirer toutes les conséquences et demander à Paris l’officialisation de la langue Corse. »
Pour conclure, l’ensemble des interviewés ont accepté l’invitation pour participer aux Journées du Livre Corse, organisées les 16, 17 et 18 novembre 2007 à Paris, sous l’égide de la FAC.
